FESTIVALE DE LA MUSIQUE BAROQUE TOUS LES ANS A PONTOISE, MI NOVEMBRE
Anthropologie musicale du trio flûte–clavecin–basse continue : cosmologie baroque, fluidité sociale et cartographie du mouvement
*Ce morceau a été travaillé à partir des méandres et du débit général des cours d’eau d’Île‑de‑France, dans un contexte d'improvisation de divertissement instrumental fluide et festif des milieux lettrés du XVIIème et XVIIIème siècle, pour y recréer une ambiance.
Historetnik propose une lecture d’anthropologie musicale du trio flûte (ou hautbois)–clavecin–basse continue, envisagé comme dispositif sonore et social caractéristique des sociabilités lettrées des XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècles en Europe occidentale. L’objectif est de décrire une pratique de divertissement instrumental fluide et festive, largement improvisée, située entre les danses codifiées et la sonate de concert (sobre), et de l’inscrire dans une cosmologie baroque marquée par les tensions religieuses et scientifiques de l’époque. La démarche s’inscrit dans une anthropologie interprétative de la musique, articulant sources historiques, archéomusicologie, ethnomusicologie comparée et études sur l’interprétation historiquement informée.
1. Reconstitution et pratique sociale du trio
La reconstitution du trio flûte (ou hautbois)–clavecin–basse continue proposée ici relève d’une approche historiquement informée appliquée à une pratique de divertissement lettré, davantage sociale que strictement générique. Les sources imprimées (recueils de pièces, suites et sonates pour dessus et basse continue, tels que les traités et méthodes de Hotteterre pour la flûte et le hautbois) attestent l’existence d’un répertoire destiné à des contextes domestiques ou semi‑privés, souvent après le repas, relevant du divertimento plutôt que du concert public. Cette pratique, bien documentée musicalement, n’a cependant pas reçu de statut historiographique spécifique : elle occupe une zone intermédiaire entre les danses de cour ou provinciales, d’une part, et les sonates « savantes » destinées à un public spécialisé, d’autre part.
2. Entre danses codifiées, sonate et pratiques fluides
Le répertoire baroque pour flûte et basse continue comprend à la fois des pièces explicitement dansantes (bourrées, passepieds, menuets, etc.) et des sonates ou suites plus élaborées, comme chez Bach, Telemann ou Vivaldi, destinées à un cadre de concert ou à un usage savant. Entre ces deux pôles, se laisse entrevoir un espace moins nommé : celui de pratiques instrumentales fluides, largement improvisées, associées aux milieux lettrés urbains, qui alimentent et préparent la formalisation ultérieure de la sonate. Lorsque la sonate s’impose comme forme dominante, elle tend à codifier, structurer et fixer dans l’écriture des gestes et des schémas qui circulaient auparavant plus librement dans les sociabilités de salon.
3. Ces pratiques instrumentales naissent dans un climat de forte tension entre nouvelles conceptions scientifiques du cosmos et doctrines religieuses. Luther et d’autres milieux protestants s’opposent d’abord au copernicianisme au nom d’une lecture littérale de la Bible, avant que le monde catholique ne développe à son tour ses propres formes de résistance. Parallèlement, la musique baroque catholique de Contre‑Réforme, reprise et instrumentalisée par la monarchie française, sert de dispositif visuel et sonore pour affirmer l’unité confessionnelle et l’autorité politique.
Dans cette perspective, certains traits de l’écriture instrumentale baroque de chambre peuvent être compris comme une mise en scène sensible d’un cosmos en mouvement plutôt que d’un univers fixe. Sans attribuer à Lully ou Bach une intention explicite de contestation, la fréquence des motifs circulaires et des dynamiques de tension‑relâchement suggère une poétique du mouvement en résonance avec la diffusion de l’héliocentrisme. Le trio flûte–clavecin–basse continue apparaît alors comme un petit laboratoire où s’expérimentent, à l’échelle sonore et sociale, de nouvelles manières de penser l’ordre, la gravité et la circulation des corps et des affects.
Conclusion
L’anthropologie musicale du trio flûte–clavecin–basse continue met en lumière une pratique de divertissement lettré qui échappe en grande partie aux catégories habituelles de l’histoire de la musique (genre, forme, institution), tout en jouant un rôle important dans la fabrique des sociabilités et des sensibilités baroques. En articulant sources musicales, contexte historique et hypothèses cosmologiques, il devient possible de proposer une cartographie du mouvement – sonore, social et symbolique – où cette instrumentation n’est pas un simple détail technique, mais un marqueur d’écologie festive et, potentiellement, de formes discrètes de résistance aux rigidités religieuses et politiques de l’époque.
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Anthropologie musicale du trio flûte–clavecin–basse continue : cosmologie baroque, fluidité sociale et cartographie du mouvement
*Ce morceau a été travaillé à partir des méandres et du débit général des cours d’eau d’Île‑de‑France, dans un contexte d'improvisation de divertissement instrumental fluide et festif des milieux lettrés du XVIIème et XVIIIème siècle, pour y recréer une ambiance.
Historetnik propose une lecture d’anthropologie musicale du trio flûte (ou hautbois)–clavecin–basse continue, envisagé comme dispositif sonore et social caractéristique des sociabilités lettrées des XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècles en Europe occidentale. L’objectif est de décrire une pratique de divertissement instrumental fluide et festive, largement improvisée, située entre les danses codifiées et la sonate de concert (sobre), et de l’inscrire dans une cosmologie baroque marquée par les tensions religieuses et scientifiques de l’époque. La démarche s’inscrit dans une anthropologie interprétative de la musique, articulant sources historiques, archéomusicologie, ethnomusicologie comparée et études sur l’interprétation historiquement informée.
1. Reconstitution et pratique sociale du trio
La reconstitution du trio flûte (ou hautbois)–clavecin–basse continue proposée ici relève d’une approche historiquement informée appliquée à une pratique de divertissement lettré, davantage sociale que strictement générique. Les sources imprimées (recueils de pièces, suites et sonates pour dessus et basse continue, tels que les traités et méthodes de Hotteterre pour la flûte et le hautbois) attestent l’existence d’un répertoire destiné à des contextes domestiques ou semi‑privés, souvent après le repas, relevant du divertimento plutôt que du concert public. Cette pratique, bien documentée musicalement, n’a cependant pas reçu de statut historiographique spécifique : elle occupe une zone intermédiaire entre les danses de cour ou provinciales, d’une part, et les sonates « savantes » destinées à un public spécialisé, d’autre part.
2. Entre danses codifiées, sonate et pratiques fluides
Le répertoire baroque pour flûte et basse continue comprend à la fois des pièces explicitement dansantes (bourrées, passepieds, menuets, etc.) et des sonates ou suites plus élaborées, comme chez Bach, Telemann ou Vivaldi, destinées à un cadre de concert ou à un usage savant. Entre ces deux pôles, se laisse entrevoir un espace moins nommé : celui de pratiques instrumentales fluides, largement improvisées, associées aux milieux lettrés urbains, qui alimentent et préparent la formalisation ultérieure de la sonate. Lorsque la sonate s’impose comme forme dominante, elle tend à codifier, structurer et fixer dans l’écriture des gestes et des schémas qui circulaient auparavant plus librement dans les sociabilités de salon.
3. Ces pratiques instrumentales naissent dans un climat de forte tension entre nouvelles conceptions scientifiques du cosmos et doctrines religieuses. Luther et d’autres milieux protestants s’opposent d’abord au copernicianisme au nom d’une lecture littérale de la Bible, avant que le monde catholique ne développe à son tour ses propres formes de résistance. Parallèlement, la musique baroque catholique de Contre‑Réforme, reprise et instrumentalisée par la monarchie française, sert de dispositif visuel et sonore pour affirmer l’unité confessionnelle et l’autorité politique.
Dans cette perspective, certains traits de l’écriture instrumentale baroque de chambre peuvent être compris comme une mise en scène sensible d’un cosmos en mouvement plutôt que d’un univers fixe. Sans attribuer à Lully ou Bach une intention explicite de contestation, la fréquence des motifs circulaires et des dynamiques de tension‑relâchement suggère une poétique du mouvement en résonance avec la diffusion de l’héliocentrisme. Le trio flûte–clavecin–basse continue apparaît alors comme un petit laboratoire où s’expérimentent, à l’échelle sonore et sociale, de nouvelles manières de penser l’ordre, la gravité et la circulation des corps et des affects.
Conclusion
L’anthropologie musicale du trio flûte–clavecin–basse continue met en lumière une pratique de divertissement lettré qui échappe en grande partie aux catégories habituelles de l’histoire de la musique (genre, forme, institution), tout en jouant un rôle important dans la fabrique des sociabilités et des sensibilités baroques. En articulant sources musicales, contexte historique et hypothèses cosmologiques, il devient possible de proposer une cartographie du mouvement – sonore, social et symbolique – où cette instrumentation n’est pas un simple détail technique, mais un marqueur d’écologie festive et, potentiellement, de formes discrètes de résistance aux rigidités religieuses et politiques de l’époque.
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